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Le Maroc et la Tunisie veulent permettre le change direct [07/06/2009]
Source: Maghrebia

La Tunisie et le Maroc travaillent actuellement à faciliter les échanges de devises, et l'Union des banques du Maghreb envisage de son côté de lancer une carte de crédit valable dans toute la région. La coopération au Maghreb – au moins dans le secteur financier – semble avancer.

Marocains et Tunisiens n'auront bientôt plus besoin d'euros ou de dollars pour se déplacer entre les deux pays.

Le Maroc et la Tunisie devraient signer un accord facilitant la conversion entre le dirham marocain et le dinar tunisien, permettant ainsi aux ressortissants des deux pays d'échanger directement leurs devises.

Le Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Taoufik Baccar, avait proposé cette idée à son homologue marocain Abdelatif Jouhari le 30 mai à Marrakech, où il se trouvait pour commémorer le 50ème anniversaire de la Banque centrale du Maroc, quelques semaines après que la Banque centrale de Tunisie eut elle-même soufflé ses cinquante bougies.

"Je suis satisfait de la compréhension et de l'acceptation que j'ai ressenties au Maroc", avait déclaré M. Baccar à Magharebia, ajoutant que la Tunisie "a signé un accord similaire avec la Libye".

Il n'existe actuellement aucun mécanisme de change direct entre les devises des deux pays. Les Marocains souhaitant se rendre dans un autre pays du Maghreb doivent échanger d'abord leurs dirhams en euros ou en dollars avant de pouvoir convertir ceux-ci dans la devise locale. A leur retour, ils doivent de nouveau suivre cette procédure pour changer leurs devises en dirhams.

Le Gouverneur de la Banque centrale du Maroc Abdelatif Jouhari a expliqué que si les solutions techniques sont relativement simples, les problèmes politiques existant entre les Etats du Maghreb ont ralenti la mise en place de l'Union du Maghreb – une mesure pourtant essentielle destinée à alléger la procédure de change.

"J'estime que nous devons discuter de tout ce qui peut être fait au niveau bilatéral et trilatéral entre les Etats du Maghreb pour réaliser des progrès en matière de coopération, de change et d'intégration économique. Alors seulement d'autres pourront nous rejoindre, lorsqu'ils se sentiront prêts", a-t-il déclaré.

"Si nous continuons d'attendre que les cinq pays soient prêts à tous s'unir en même temps, nous resterons bloqués par les aléas de la politique et ne pourrons rien faire."

Les banques centrales du Maghreb s'étaient réunies une première fois en 2005 pour mettre sur pied un programme de coordination, lors d'une réunion organisée en Algérie sous les auspices du FMI. Cette initiative cherchait à renforcer la coopération entre les Etats du Maghreb. Lors de plusieurs rencontres organisées au Maroc et en Tunisie, les banques ont discuté de la meilleure manière de faciliter l'intégration commerciale et financière entre les pays du Maghreb, en particulier dans le secteur privé.

Cette stratégie de rencontres bilatérales a donné d'importants résultats ; les institutions financières ont commencé à ouvrir des succursales dans les autres pays du Maghreb. La Tunisie a autorisé une banque marocaine à racheter et à contrôler une banque tunisienne, et le Maroc a pour sa part accrédité une société tunisienne de courtage. Les banques marocaines ont également investi dans des succursales en Mauritanie et ouvert des bureaux de représentation en Libye, et des préparatifs sont en cours pour une banque tuniso-libyenne conjointe.

De la même manière, l'Union des banques du Maghreb discutera lors de sa rencontre annuelle du 18 juin à Tunis de l'émission d'une carte de crédit valable dans tout le Maghreb pour faciliter à la fois les déplacements personnels et les affaires dans la région. L'Union, créée en 1990 et qui regroupe désormais soixante banques, envisage plusieurs domaines de coopération entre les Etats du Maghreb.

"Les banques du Maghreb fonctionnent efficacement en Tunisie, en Mauritanie, en Libye et au Maroc", a souligné Othman Benjelloun, président de l'Union et président de la Banque marocaine du Commerce extérieur (BMCE).

"Elles rencontrent encore quelques obstacles en Algérie, Mais nous sommes optimistes et pensons que ces obstacles seront levés", a-t-il déclaré.